Exposition "Tous en vacances"

Petite histoire des congés payés

Avant 1936, les vacances assorties de loisirs sont l’apanage de la bourgeoisie. Dans la fonction publique, les premiers congés payés sont apparus dès 1853. Les compagnies privées assurant des missions de service public ont élargi au début du XXe siècle ce privilège à leurs propres salariés.

Mais l'acte déclencheur pour la mise en place pour tous des congés payés est la victoire du Front Populaire aux élections législatives du 3 mai. Plus de deux millions de travailleurs multiplient grèves et occupations d'usines pour obtenir de meilleures conditions de travail.

Conclus entre la CGT et le patronat de la Confédération générale de la production française, les accords de Matignon augmentent les salaires, fixent la durée du travail à quarante heures, établissent le droit syndical et offrent deux semaines de congés payés aux ouvriers.

Le texte législatif est court et simple : la loi s'applique à tous les salariés liés à un employeur par un contrat de travail. La durée des congés payés est de quatorze jours, dont douze ouvrables, après un an de services continus, et d'une semaine, dont six jours ouvrables, pour six mois de services.

Déposé le mardi 9 juin à la Chambre des députés, le texte est voté le 11 à l'unanimité des 592 votants. La loi est promulguée le 20 juin.

Ce principe est inchangé pour l’instant. Simplement les congés payés sont successivement passés à 3 semaines (loi du 27 mars 1956), 4 semaines (loi du 17 mai 1969) puis 5 semaines (ordonnance du 16 janvier 1982).

Mais on aurait tort de s’imaginer que les congés payés déclenchèrent une ruée. On estime qu’en 1936, quelque 600 000 ouvriers sont partis en vacances. Ils seront 1 800 000 l’année suivante.

«Cette première année, les gens n’ont pas vraiment eu le temps de partir loin. Dans le monde ouvrier, beaucoup en profitent pour retaper leur intérieur, investir leur vie domestique. Ça relève d’une vraie éthique populaire».

les classes populaires découvrent donc encore minoritairement, les joies des stations balnéaires, Certains découvrent la mer, mais globalement, une majorité en profite surtout pour retrouver leur famille à la campagne.

Pour le reste, beaucoup de salariés partent un jour ou deux au vert, sans s’éloigner beaucoup de leur domicile, le principal moyen de locomotion étant alors le vélo. Les congés payés et les vagues de départ en vacances n’entrent pas immédiatement dans la culture commune.

C’est à la Libération, sur la base du programme du Conseil national de la Résistance, et avec la création des comités d’entreprise, que la notion de vacances pour tous commence à prendre tout son sens. La démocratisation du droit aux vacances prend son envol pendant les trente glorieuses, période de quasi plein-emploi.

Les moyens de transports

Si les vacances s'ouvrent à tous, peu de Français ont les moyens de s'offrir un moyen de locomotion pour voyager. L'automobile est un luxe, uniquement à la portée des classes les plus riches.

Tous les moyens sont bons pour s’évader, on enfourche vélos et tandems pour s'échapper. Pas très loin certes, mais au moins pour profiter de l'herbe verte de la campagne, du bord d'un lac ou d'une rivière, et passer du bon temps en famille ou entre amis.

Mais c’est bien le train qui est le symbole des grandes évasions estivales.

Billet populaire de congés annuels

Six cent mille ouvriers plus chanceux prennent le large grâce à Léo Lagrange, sous-secrétaire d'Etat à l'Organisation des loisirs et des sports qui met en place le « billet populaire de congés annuel ».

Mis en vente le 3 août 1936, il permet « à tout titulaire d’un congé payé, qu’il voyage seul ou accompagné de sa femme d’obtenir en 3e classe un titre de transport d’un parcours minimum de 200 kilomètres avec réduction de 40 % et demi-tarif pour les enfants de 3 à 7 ans. »

Les plages de Normandie, pour les Parisiens, deviennent à portée de presque toutes les bourses.

C’est une mesure qui marche très bien même si les gens ne partent pas forcément très loin.

Nationale 7

La Route Nationale 7 est sans aucun doute la route la plus populaire de France. Immortalisée par Charles Trenet dans sa fameuse chanson, la « route des vacances », elle relie Paris à Menton sur 996 km.

La Nationale 7 nous raconte l'avènement des premiers-congés, lorsque les Parisiens mettaient les valises dans le coffre ou toit et filaient vers les eaux turquoises de la Méditerranée. Elle connaît ses heures de gloire dans les années 1950 et 1960, alors que les congés payés atteignent trois semaines et que les Trente Glorieuses apportent leur lot de plaisirs estivaux.

Apologie de la lenteur, elle prend le temps de sillonner les plus belles régions de France. De Paris à Menton, “qui traverse la Bourgogne et la Provence ; qui fait d’Paris un p’tit faubourg d’Valence”.

Les lieux à la mode

Avant 1936, les vacances assorties de loisirs sont l’apanage de la bourgeoisie.

Il y a d’abord la grande bourgeoisie qui quitte la ville quand il fait trop chaud pour se rendre sur la côte. Les aristocrates britanniques ont été particulièrement en pointe dans cette vague qui les a portés d’abord sur les côtes de la Manche et de l’Atlantique, puis vers la Côte d’Azur.

Mais en 1936, pas de longs trajets pour la plus grande majorité des 5% de Français qui partent cet été-là. La plupart des ouvriers parisiens et franciliens se contentent des bords de la Seine et de ceux de la Marne pour s'offrir des moments de répit.

Celles et ceux qui poussent un peu plus loin, grâce notamment aux billets de train Lagrange, s'aventurent sur les plages de Normandie, de Bretagne, de l'Atlantique et même de la Côte d'Azur pour « prendre une bouffée d'air marin » comme disent les citadins qui n'ont encore jamais vu la mer. Les stations à la mode, c'est-à-dire celles déjà fréquentées par les riches, sont les plus prisées quand elles sont desservies par le chemin de fer. Deauville, Cabourg, Saint-Malo, Royan, et, plus au sud, Biarritz, Nice et Cannes voient leur population estivale exploser.

Pour les classes populaires, les vacances représentaient surtout un capital de temps libre supplémentaire utilisé conformément à ce que chacun faisait déjà : pêche, jardinage, pétanque… Les vacances ne font que dilater les loisirs.

Néanmoins, la tendance sera irréversible : les vacances, mais aussi les voyages, s’instaurent comme un nouvel art de vivre. Ce début de siècle était aussi le temps des pionniers de l’excursion en montagne et des aventuriers. Les côtes normandes sont envahies par une nouvelle clientèle en casquette, sortant le casse-croûte et la chopine de la musette pour le pique-nique en famille. Une fête bruyante et colorée loin d’être au goût des riches habitués, qui ferment alors leurs belles villas pour partir vers des destinations plus lointaines. « Pour les aristocrates et les bourgeois, accoutumés à vivre entre eux, le débarquement des ouvriers a été difficile à vivre », souligne Stéphane Hessel.

Les moyens d'hébergements

Avant 1936, les vacances ne sont l'apanage que des classes les plus aisées. Elles profitent des hôtels et des belles villas des stations balnéaires et thermales. Les classes moyennes se tournent, elles, vers les locations de petites maisons ou d'appartements tandis que les classes ouvrières, faute de moyens, vont au camping. Mais rien à voir avec les établissements « d'hôtellerie de plein air » comme on les connaît aujourd'hui avec leurs mobiles homes et leurs piscines géantes.

Le camping d'avant-guerre se vit à la dure. On plante simplement une toile de tente sur un carré de pelouse voire de terre battue, aménagé ou pas, pour profiter simplement du grand air.

Entre l’hôtel et la location meublée, la pension de famille offre aux familles de revenu moyen un lieu d’accueil pour leur séjour estival, pour y passer les vacances de Mr Hulot, dont le film de Jacques Tati sort en 1953. Il symbolisera pendant des années le style de vacances balnéaires de la côte atlantique.

Le camping familial entre dans les moeurs. Le nombre de journées passées sous la tente ou dans la caravane s’élève rapidement. Le camping, aidé en cela par l’évolution de l’automobile, devient le mode d’hébergement qui permet d’abandonner les vacances de proximité et favorise le départ hors de la région. Moins onéreux, et plus convivial, il ouvre l’accès au littoral à une population qui jusqu’ici n’y venait pas.

Un nouveau concept va voir le jour, inventé à Royan en 1947, avec le concours du TCF et d’un marchand de bâche : le « Village de vacances ». Au fil de la décennie, il sera repris par nombre d’associations, collectivités, CE, pour devenir en 1959 une marque emblématique du tourisme social : VVF Village Vacances Familles. Il inspirera aussi un autre concept d’organisation, qui verra le jour en 1949 à Calvi avec toute une batterie d’activités sportive et ludiques : les clubs de vacances.

Colonies de vacances :

Les congés des entreprises ne sont pas en concordance totale avec les congés scolaire.
Pour les familles dont le père et la mère travaillent ou ne peuvent partir, le problème des vacances des enfants se pose.
Bien sûr pour certains il y a pépé et mémé qui sont restés à la campagne, et qui pourront accueillir, dans l’air pur et la nature, les petits citadins. Mais tout le monde n’a pas cette chance.

Il y a donc les colonies de vacances, qui permettront dans des conditions peut être sommaires, mais de sécurité, de garnir les vacances. En tout cas, les enfants y trouveront pleins de copines et copains.

Et puis il y a aussi, les camps scouts, ou guides, ou éclaireurs selon la fédération et son origine spirituelle. On y alliera l’utile et l’agréable, l’éducation et le loisir, le plaisir et le travail, le droit et le devoir, tout cela dans un esprit de retour à la nature, et de responsabilité personnelle.

La mode des vacances

Le maillot de bain est apparu aux alentours de 1850, lorsque l'aristocratie française se prend d'affection pour la baignade et envahit les plages normandes. Les femmes se baignaient alors en costume de bain complet. La pudeur aristocrate exigeant que le corps féminin soit le moins découvert possible. Ces costumes de bain se composaient de six pièces au minimum :

  • un pantalon bouffant jusqu'aux genoux,
  • une chemise large à manches courtes,
  • une ceinture,
  • un bonnet,
  • des bas
  • et des chaussures.

Le maillot de bain masculin, lui, s’apparente à ses débuts à un pyjama qui couvre le torse, les bras et s’arrête aux mollets.

Grâce à la révolution industrielle, la bourgeoisie accéda à son tour aux plages, et le maillot de bain s'allégea alors qu'il se démocratisa.

En 1936, les premiers congés payés instaurés par le Front Populaire permirent aux Français de partir en vacances : même les ouvriers avaient désormais accès à la plage. Le maillot de bain profita de cette popularisation pour se raccourcir encore un peu : en maillots de bain deux pièces qui couvraient le nombril et les seins.

À la fin des années 1930, il était par ailleurs courant de voir des hommes torses nus sur la plage.

Le modèle trunk ne tarde pas à faire son apparition, un maillot de bain du type caleçon taille haute mais court sur les cuisses.

Dans un monde globalisé à l’aube de la seconde guerre mondiale, de nouveaux maillots de bain faisaient leurs apparitions dans des formes de plus en plus diverses.

Le rationnement des matériaux pendant la seconde guerre mondiale a conduit les parties les plus superflues des maillots de bain à être abandonnées.

En 1946, le couturier Louis Réard présenta son 1er modèle de deux-pièces échancré sur Michelle Bernardini, une stripteaseuse du Casino de Paris.

Très audacieusement baptisé "Bikini", du nom de l'atoll américain où venait de se dérouler un essai nucléaire, il fut commercialisé dans une simple boîte d'allumettes avec le slogan "Le bikini, la première bombe anatomique". Un coup de génie d'un point de vue marketing : le maillot fait scandale autant qu'il fascine. Il fut interdit sur beaucoup de plages,

La bataille fit rage jusque dans les années 70 alors que les femmes prônaient le droit de jouir de leurs corps: il devint le symbole de l'émancipation des femmes.

Le costume de bain des hommes se raccourcit peu à peu dans les années 60, jusqu’à devenir un slip de bain, mais depuis il ne cesse de se rallonger.

Les jeux en vogue

Les fêtes estivales, populaires comme le bal du 14 juillet, culturelles comme les festivals de toute sorte, ou sportives comme l’emblématique Tour de France. Autant de rendez vous qui ponctuent les vacances, et font partie intégrante des activités estivales.

Les joies du bord de plage Marcher sur l’eau, l’idée n’est pas nouvelle, mais à la plage elle trouve toute sa place tous ses espoirs. Sur l’eau, le génie inventif va se développer et proposer à une population toujours en quête de nouvelles sensations des plus accessibles aux plus ardues. L’ingéniosité balnéaire abonde d’invention d’engins flottant de tout genre, pour s’amuser, pour pêcher, pour se balader… Par exemple, le pédalo, dont l’origine est d’associer bicyclette et bateau. Après moult tentatives, c’est finalement l’association d’une idée nordique du principe de 2 gros flotteurs, améliorée par un italien qui y installe une petite roue à eau à pédale, assure ainsi les beaux jours du pédalo, emblématique du loisir nautique pour tous.

En complément, les jeux pour enfants vont se développer pour que tous les petits puissent construire leurs châteaux, leurs tours etc.
Enfin tous les jeux à balles vont se développer mais en s’adaptant au lieu de la plage. Le tennis avec des balles et raquette plus légères, les balles en plastiques pour jouer dans l’eau sans perdre les balles lourdes qui coulent au fond de l’eau.

Puis plus tard le Beach volley fera son apparition.

Les vacances deviennent peu à peu un lieu de détente lié au sport agréable, sans contrainte excessive, juste pour le plaisir.

Le canoë :

Dès le début des années 50, le canoë est la première pratique de plaisance en France.

D’abord c’est une des activités nautiques populaires les plus anciennes avec notamment les périssoires petites embarcations simples en bois que l’on voit apparaître fin du 19ème siècle le long de nos rivières et de nos plages.

Ce sont des unités, peu onéreuses et surtout facilement transportables. Elles sont également très polyvalentes, puisque l’on peut y ajouter un gréement léger qui permet de les utiliser à la voile. C’est aussi une embarcation qui permet, avec un minimum de matériel de camping, de faire du cabotage le long des rivages. Le canoë, va ainsi dans les années 50 continuer son succès amorcé avant-guerre et être le symbole de la liberté et des plaisirs du plein air accessible à tous.

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